N.D. des Grâces

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Une chapelle "à répit" à Cruet ?

Vu dans les Registres paroissiaux de Planaise : "L'an 1757 et le 8 avril environ midi est né un enfant mâle fils de Barthélemy Maillet et de Jeanne [Daunier] mariés, lequel n'était pas encore dans son temps. Ceux qui étaient présents ce malheur ne l'ont pas su baptiser d'abord qu'il a été en naissance ou qu'il a été né, faute m'ont-ils dit, d'avoir de l'eau.

Quoiqu'ils (sic) l'eussent vu environ quelque deux heures après, les honnêtes Marie, fille de feu joseph [Faisant], veuve de feu Anthelme Gavilliet, native de Montméliant, et habitant Arbin, et Josephte fille de feu Jean Brunier native de Montméliant et veuve de feu Pierre Martinet et habitante de cette paroisse, ont porté cet enfant à une chapelle située à Cruet, diocèse de Grenoble dans le décanat, dans laquelle on invoque la Sainte Vierge sous le nom de notre-Dame des Grâces. Après avoir fait leurs prières, elles m'ont déclaré avoir vu remuer un bras de ce petit enfant, et de l'avoir ensuite d'abord baptisé.

C'est pourquoi, dans le doute, je l'ai fait enterrer, aujourd'hui 9 avril 1757 à côté du cimetière sans aucune cérémonie de l'église: dieu soit en tout béni, et qu'il bénisse ce sans cesse ma paroisse."
J. Finas, curé


Ce long compte-rendu traduit bien les scrupules du curé…

Comment faisait-on autrefois le deuil de l'enfant mort-né ? Le rituel du « sanctuaire à répit »
La naissance d’un enfant mort-né a toujours été un drame. Autrefois, les parents redoutaient même le sort qui attendait l’enfant mort sans baptême, puisqu'en l’absence du sacrement qui sauvait à la vie éternelle, son âme était destinée à errer pour l’éternité et à venir importuner les vivants. Quant à son corps, interdit de sépulture dans l’espace communautaire, il était enterré dans un champ ou un pré, comme une bête...
On peut comprendre que les parents aient tout fait pour que l’enfant échappe  à sa triste destinée. Restait alors une issue: exposer le petit cadavre devant une « image » miraculeuse. On attendait alors que des « signes de vie » apparaissent un court laps de temps sur le corps de l’enfant, pour procéder au « petit baptême » (ou ondoiement) qui allait le délivrer d’un sort pitoyable : un sacrement dérobé, conféré pendant cette sorte de « répit » entre « les deux morts de l’enfant », puisque l’enfant était réputé ne mourir vraiment qu'après le sacrement.
L'exposition pouvait durer plusieurs jours, sous la surveillance des proches… Nous ne nous étendrons pas sur les détails.

Ondoyé, le petit corps était enterré au plus près du sanctuaire "à répit", ou dans un espace réservé du cimetière paroissial.

Ces pratiques ont été condamnées par Rome en 1729. Mais entre haut et bas clergé, entre religieux réguliers qui y étaient plutôt favorables et évêques qui les condamnaient, les rapports ont été parfois tendus. Et de ce fait, bien des pratiques ont été dissimulées à la hiérarchie.
Il y a quelques années une commission pontificale, à la demande de Benoît XVI, s’est penchée sur le cruel concept de limbes des enfants pour souligner que ce ne fut jamais un dogme d’Eglise…

d'après un article de Jacques Gélis  (CAIRN)

Bibliographie, Source(s): 

AD073 RP Planaise cote 4E 778 (vue 13)
Un article de Jacques Gélis  (CAIRN)